Le salut viendra des musulmans éclairés | Courrier international

21 janvier 2015 14:41

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Le salut viendra des musulmans éclairés | Courrier international

Toute la rédaction d'un hebdomadaire satirique exécutée en plein jour et au cœur de l'une des plus grandes capitales, et des plus surveillées aussi, du monde. Bouleversant ! Oui, mais cela ne suffit pas. Faire le deuil, clamer son émotion, verser ses larmes et dire "Je suis Charlie", ne suffit pas. Se rassembler dans les rues, faire des marches et prononcer des discours prônant l'union ne suffit pas. Contre le fanatisme, l'obscurantisme, la frustration et le sentiment d'injustice, ce cérémonial ne suffit pas.

L'Algérie a connu une sale guerre civile [1993-1998], des violences inouïes, aussi spectaculaires que cette tragique attaque armée contre Charlie Hebdo. Elle s'est rassemblée, a marché et prononcé des discours. L'effusion du sang ne s'est nullement arrêtée. Cette effusion s'est arrêtée uniquement le jour où des élites dirigeantes ont compris la nécessité de réfléchir autrement.

L'Algérie des années 1990 n'est pas la France de 2015. C'est clair et évident. Mais l'Algérie des années 1990 était une société profondément fracturée et ségréguée. D'un côté, les privilégiés qui rôdaient autour d'un système et profitaient de ses avantages et, de l'autre, des exclus, des parias, des populations entières abandonnées par les structures dominantes, mais récupérées par des courants radicaux qui tentaient d'embrigader le maximum de jeunes au nom d'une guerre sainte pour le renouveau.

La France de 2015 est aussi une société dangereusement ségréguée. La "France des banlieues" s'oppose diamétralement à cette France des beaux quartiers et des villages provinciaux. La première subit la précarité et l'exclusion sociale, mais elle n'arrive nullement à s'exprimer politiquement pour émerger et conquérir sa place dans la société. Elle s'enferme ainsi dans un islam folklorique où la prière dans des salles clandestines, le halal dans les cantines scolaires et le voile ostentatoire sont présentés comme des éléments constitutifs d'une identité sociale fantasmée. L'autre France, confrontée à une rude crise économique, s'angoisse et s'attache à son modèle culturel sacralisé dans les films et livres : le vin, le porc, le catholicisme et les racines judéo-chrétiennes pour sauver son âme du labyrinthe de cette mondialisation ravageuse.

A chacun son culturalisme. A chacun son enfermement et ses certitudes qu'il tente de défendre en méprisant l'autre, en l'excluant de son champ d'action, en le diabolisant par tous les moyens possibles.

Et, face au conservatisme trompeur de la France des banlieues, la France des beaux quartiers et "petits blancs", comme le répète si souvent Eric Zemmour, arbore l'islamophobie et un certain fascisme douillet qui refuse de dire son nom. Les deux France ne peuvent pas se parler et se rejettent continuellement. Depuis des années, elles se font la guerre, mais froidement. Aujourd'hui, c'est l'explosion.

Dans le pays de Voltaire et de Rousseau, les nuances ont perdu leur sens. Le juste milieu n'existe plus. Qui a raison ? Personne. Qui a tort ? Tout le monde. D'abord parce que l'"islam de France" n'existe pas. Il est une invention que même le Père Noël ne trouve pas amusante. Il y a un seul islam. Pas celui du folklore ou celui fantasmé par certains rappeurs français. On n'invente pas une identité religieuse avec des apparences fabriquées artificiellement pour dire merde au français bobo, blanc et bouffeur de porc qui n'aime pas voir des mosquées dans son pays. La spiritualité ne guérit jamais contre le mal-vivre. La religion ne cimente pas une société victime d'exclusion sociale. L'islam est une religion et non une bouée de sauvetage.

Source: courrierinternational.com

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