Les rebelles houthistes avancent, Al-Qaida en embuscade | Courrier international

21 janvier 2015 16:15

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"Le président Abd Rabbo Mansour Hadi a quitté sa résidence à bord d'un véhicule de l'ambassade américaine pour se diriger vers Aden", la deuxième ville du pays, dans le sud du Yémen, affirme le site Aïn Al-Yemen. Il a été chassé par les rebelles houthistes [un groupe armé qui se revendique du zaydisme, une branche de l’islam chiite qui n’existe qu’au Yémen], qui encerclaient le palais présidentiel à Sanaa depuis le 20 janvier. Il s'agit d'une milice dirigée par Abdelmalek Al-Houthi. Les zaydites constituent environ un tiers de la population yéménite, le reste étant sunnite.

"La chute du président légitime était attendue depuis l'occupation de la capitale Sanaa par les rebelles, il y a trois mois déjà, écrit l'éditorialiste Abderrahman Al-Rached dans le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat. Mais ils ne garderont pas longtemps le pouvoir central, poursuit-il. Ils ne sauront pas gérer le pays, ni réaliser les promesses qu'ils ont faites aux habitants. [Au lieu de combattre la corruption comme promis], ils ont pillé la capitale afin de financer leurs opérations. Ils ressemblent au Hezbollah libanais. Lui aussi veut avoir la main sur les institutions mais sans prendre de responsabilités pour la bonne gouvernance du pays."

La comparaison avec le Hezbollah libanais s'impose d'autant plus qu'en Iran la presse se félicite de cette "victoire chiite" et qu'un député iranien a déclaré que Téhéran régnait désormais sur quatre capitales arabes, à savoir : Beyrouth au Liban, Bagdad en Irak, Damas en Syrie et Sanaa au Yémen.

Face à ces rodomontades iraniennes, Gulfnews, des Emirats arabes unis, écrit : "Les pays du Golfe ne peuvent pas rester bras ballants alors qu'un groupe allié à l'Iran roule des mécaniques au Yémen." "Nous considérons le Yémen comme un partenaire stratégique et devons agir pour y rétablir la souveraineté, préserver l'intégrité territoriale et restaurer la stabilité."

Le quotidien saoudien Al-Riyadh, de son côté, ne croit pas à une intervention étrangère : "Contrairement à ce qui s'est passé en Irak face à Daech, le Yémen va être livré à lui-même. La 'somalisation' est le scénario le plus probable", écrit-il.

Dans le sud du Yémen, loin de craindre la dislocation du pays, la presse souligne au contraire l'opportunité que ces événements pourraient constituer pour les sécessionnistes du Sud : "Les leaders indépendantistes appellent les habitants à saisir l'occasion et à imposer le fait accompli", titre ainsi Hayat Aden, journal de l'ancienne capitale sud-yéménite, Aden. A défaut, estime pour sa part Aden Al-Ghad, "le Sud subira une nouvelle guerre tribale du Nord, de la part des houthistes cette fois-ci".

Entre les craintes d'éclatement du pays et celles d'une guerre par procuration entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, ces événements alimentent également l'impression des sunnites du Golfe d'être encerclés : "Le pouvoir yéménite tombe aux mains des houthistes juste après qu'Aqpa [Al-Qaida dans la péninsule arabique] a endossé les [attentats contre Charlie Hebdo] à Paris", écrit ainsi l'ancien député salafiste koweïtien Walid Al-Tabtabaï sur son compte Twitter. Il sous-entend que ce serait l'Occident qui aurait permis aux houthistes d'avancer, pour, d'une certaine manière, punir Aqpa, et, à travers cette organisation, les sunnites.

Selon cette vision des choses, très répandue dans le Golfe, l'Iran, les Occidentaux et Israël auraient une stratégie commune, exécutée en sous-main, et destinée à affaiblir les sunnites. Aussi, la tournure des événements au Yémen pourrait notamment avoir pour conséquence une hausse des soutiens financiers en provenance de donateurs sunnites privés du Golfe.

Source: courrierinternational.com

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