Massacres de Boko Haram : où sont les unes chocs ? | Courrier international

13 janvier 2015 15:44

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Massacres de Boko Haram : où sont les unes chocs ? | Courrier international

Un journaliste en colère. Le Sud-Africain Simon Allison, qui a couvert de nombreux conflits africains, dans l’excellent Daily Maverick. Colère contre l’oubli, contre le silence.

"Il y a massacres et massacres, écrit Allison. Le massacre de Paris était effrayant, mais ce n’était pas la pire chose qui s’est passée la semaine dernière. Et de loin. Au nord-est du Nigeria, dans la ville de Baga – où tout du moins à l'endroit sur la carte où se trouvait autrefois Baga, parce qu'il n'y a plus grand-chose de cette localité maintenant. Pendant cinq jours, les combattants de Boko Haram sont entrés dans la ville et ont anéanti hommes, femmes, enfants. Le nombre de morts varie, mais Amnesty International a cité des rapports suggérant qu'il pourrait y avoir jusqu'à 2 000 victimes – ou l'équivalent approximatif de 133 attaques [117 précisément, si le bilan est confirmé] de Charlie Hebdo." Selon The Times, le gouvernement nigérian estime cependant le bilan du massacre à "seulement" 150 morts.

Et le journaliste de constater avec regret que le massacre de Baga n’a pas inondé la presse mondiale d’éditoriaux passionnés, de couvertures chocs ou d'éditions spéciales. "Même au Nigeria, les 17 morts à Paris ont obtenu plus de presse que les centaines et centaines de morts à la maison, selon l'analyste des médias Ethan Zuckerman, qui a également souligné que le président du Nigeria Goodluck Jonathan a exprimé ses condoléances à l'Etat français mais n'a rien dit rien de Baga."

Et Allison, de conclure : "Plus de 2 000 personnes sont mortes, et le monde est resté silencieux. Pis, l’Afrique est restée silencieuse. Donc, oui, nous sommes Charlie, mais nous sommes encore plus Baga. Notre indignation – et notre solidarité – des horreurs de Paris est aussi un symbole de la façon dont nous, Africains, négligeons nos propres tragédies et donnons la priorité aux vies occidentales au détriment de nos propres vies."

Le quotidien britannique The Guardian s'interroge : "La seule question qui doit être posée est comment cette menace terroriste a-t-elle pu se développer dans des proportions si effroyables, tuant des milliers de personnes et en en déplaçant des millions, dans un Nigeria démocratique depuis dix ans ? Et comment l'arrêter ?"

Source: courrierinternational.com

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