L'Arménie s'ancre à l'Est | Courrier international

14 janvier 2015 15:36

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L'Arménie s'ancre à l'Est | Courrier international

C'est pourquoi une partie de l'élite politique et académique arménienne a critiqué la démarche du président Serge Sargsian, qui a renoncé à signer l'accord d'association avec l'UE [contrairement à la Géorgie, à la Moldavie et à l'Ukraine] et préféré rejoindre l'Union eurasiatique [qui inclut la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie et bientôt le Kirghizistan]. Deux arguments sont principalement avancés par ces opposants : la voie russe ne peut assurer à l'Arménie ni la sécurité ni le développement économique.

A Erevan, beaucoup de gens sont choqués par les relations qu'entretient la Russie avec l'Azerbaïdjan [en conflit avec l'Arménie depuis la guerre du Haut-Karabakh] et considèrent qu'en vendant des armes à Bakou Moscou montre son peu de respect pour les intérêts arméniens. Certains assurent que Bruxelles serait un bien meilleur garant de leur sécurité. "La sécurité peut être garantie si tu es autonome et indépendant. Dans le cas présent, la Russie et ses partenaires ne se soucient guère de notre sécurité. L'Union économique eurasiatique ne pourra pas fonctionner avec l'économie et le régime qui prévalent actuellement à Moscou, et elle ne peut qu'être préjudiciable à un pays comme l'Arménie", estime le député de l'opposition Zaroui Postandjan.

Cependant, l'Arménie, dans les conditions actuelles, ne peut être ni autonome ni indépendante, voilà le problème. Depuis la guerre du Haut-Karabakh, elle se trouve en effet en situation de blocus du côté de la Turquie et de l'Azerbaïdjan, c'est pourquoi son économie est totalement liée à la Russie. Quant à la question militaire, la position de Moscou est justement l'un des deux éléments clés qui empêchent l'Azerbaïdjan de relancer la guerre (l'autre étant la position de l'Occident, qui craint qu'une reprise du conflit ne menace le transit des ressources azéries vers la Turquie et l'Europe). Par ailleurs, le renforcement des relations russo-azerbaïdjanaises n'a aucun impact négatif sur le niveau et l'ensemble des garanties assurées à Erevan par Moscou.

Concernant la question économique, certains politologues arméniens jugent que se lier à Moscou dans les circonstances actuelles sera lourd de conséquences. Le dram arménien est rendu fébrile par la situation du rouble [qui ne cesse de perdre de sa valeur par rapport au dollar et à l'euro, notamment à cause de la baisse du prix du pétrole]. Certes, mais la crise économique en Russie ne durera pas éternellement. Après la stabilisation des relations avec l'Occident et une fois enrayée la chute du prix du pétrole, la situation se normalisera. Même alors, Moscou continuera d'avoir une influence négative sur l'économie arménienne, insistent les voix critiques. Le fait que l'Arménie ait besoin de manière urgente de profondes réformes de son modèle économique criminalo-oligarchique n'est un secret pour personne. Et de nombreux experts arméniens estiment que la position russe empêche justement la réforme de ce modèle.

Cette analyse est en partie vraie. A Moscou, on soutient sans réserve le pouvoir arménien actuel et on ferme les yeux sur toutes ses manigances, car on craint de lui voir succéder une élite beaucoup moins bien disposée à l'égard de la Russie. Cependant, on ne peut faire porter à la Russie toute la culpabilité pour l'état actuel de l'économie et de la société arméniennes. Ce sont tout de même les citoyens arméniens, et non russes, qui ont élu Sargsian.

Source: courrierinternational.com

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