Pour les Juifs de France, rien ne sera plus pareil | Courrier international

13 janvier 2015 11:36

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Pour les Juifs de France, rien ne sera plus pareil | Courrier international

●●● Pour le quotidien populaire (centre droit) Yediot Aharonot, “les attentats à Paris ne constituent pas un choc des civilisations, ni même des religions. Il s’agit plutôt d’une intolérance vis-à-vis de valeurs, au nom de laquelle il est possible de commettre n’importe quel crime. La France le savait fort bien, longtemps avant l’établissement de l’Etat islamique.”

Désormais, l’autodéfense juive est devenue nécessaire en France, explique le journal. “Si la communauté juive de Paris avait mis en place des vigiles, même non armés, dans les quartiers, on aurait pu savoir plus tôt qu’un terroriste s’était introduit dans le supermarché armé d’une kalachnikov et vêtu d’un gilet pare-balles, et on aurait pu le mettre en difficulté. Il y a beaucoup de jeunes Juifs très motivés et en bonne condition physique, qui auraient pu être déployés dans le secteur où a eu lieu la tragédie.”

Le quotidien propose l’aide de l’Etat hébreu aux Juifs de France. “Israël peut [les] faire profiter de son expérience, de son savoir-faire et de son équipement électronique, y compris pour l’entraînement et les connaissances en matière de sécurité. On ne peut pas se contenter de dire aux Juifs français de venir s’installer en Israël et que tout ira bien ; il faut les aider à se protéger.”

The Jerusalem Post, premier quotidien anglophone d’Israël, assez marqué à droite, rapporte les propos du président de l’Agence juive, Natan Sharansky (célèbre ex-dissident soviétique des années 1970, devenu homme politique israélien), qui, quelques jours avant cette série d’attentats, déclarait que le “malaise éprouvé par les Juifs français dans leur propre pays devrait constituer un signal fort pour l’Europe quant aux dangers qui la menacent”.

“Comment M. Sharansky est-il informé de ce malaise ? interroge le journal. Parce que plus de 7 000 Juifs français ont immigré en Israël l’an dernier ; parce que 50 000 d’entre eux se sont renseignés sur l’alya [le départ des Juifs vers Israël] en 2014 ; et parce que, sur les quelque 600 000 Juifs qui vivent en France, des centaines de milliers envisagent de quitter le pays. Selon lui, ces chiffres ne devraient pas présenter un intérêt uniquement pour Israël et pour les Juifs, mais aussi et surtout pour les Européens eux-mêmes : s’ils ne sont pas prêts à fermer les mosquées où des individus prêchent la haine, alors l’Europe est condamnée.”

Natan Sharansky ajoute : “Les Juifs français sont confrontés à un choix : ils peuvent faire partie d’une France libérale qui ‘hait Israël’, d’une France conservatrice qui ne considère pas les Juifs comme faisant partie de sa culture, ou d’une Europe islamique, ce qui est manifestement impossible. Ou bien, alors, ils peuvent partir… Ce qu’ils sont en train de faire.” “Plus vite l’Europe libérale entrera en lutte, plus elle aura de chances de préserver ses valeurs, poursuit-il.

Car l’Europe non libérale, elle, sera prête à lutter. Plus la France continuera de fermer les yeux sur la menace et refusera de se préparer à défendre ses valeurs libérales et nationales, plus les forces ultranationalistes et intégristes représenteront l’unique défense.” Sur un ton plus sobre, le quotidien de gauche Ha’Aretz écrit : “La prise d’otages dans une épicerie juive où quatre innocents ont trouvé la mort s’inscrit dans la continuité des attentats meurtriers perpétrés ces trois dernières années par des djihadistes français contre des sites juifs européens.” “La tuerie au Musée juif de Bruxelles l’an dernier et celle à l’entrée de l’école juive Otzar Hatorah de Toulouse en 2012 étaient l’action de loups solitaires. Cette fois, le degré d’organisation, les armes, l’équipement et la planification sont d’un ordre différent.

L’ordre donné vendredi 9 janvier de fermer des dizaines de magasins et restaurants juifs parisiens [notamment rue des Rosiers], la présence policière autour des écoles juives et les appels des représentants de la communauté juive à faire preuve de prudence et à rester chez soi dans la soirée de vendredi, jour du shabbat, sont l’expression d’un climat de siège que les Juifs d’Europe occidentale n’avaient pas connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous devons veiller à ne pas paniquer, ni à tirer dès maintenant des conclusions populistes.

Source: courrierinternational.com

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