J'ai honte de mon fils Abdelhamid | Courrier international

21 janvier 2015 17:24

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J'ai honte de mon fils Abdelhamid  | Courrier international

Omar Abaaoud, le père du chef présumé des terroristes belges, est effondré. "Je n’en peux plus. Je suis à boutde forces. J’ai honte pour Abdelhamid, mon fils. Il a ruiné nos vies." Omar Abaaoud, de Molenbeek, le papa d’Abdelhamid, le cerveau présumé de la cellule terroriste démantelée à Verviers [le 15 janvier], est en dépression depuis qu’il a appris la terrible nouvelle au sujet de son fils. "Pourquoi, au nom de Dieu, voudrait-il tuer des Belges innocents ? Notre famille doit tout à ce pays."

Abdelhamid, 27 ans, serait donc le chef qui aurait mis en place une cellule terroriste contre notre pays. L’homme désormais le plus recherché du pays a pu s’échapper après la fusillade à Verviers, où deux membres de son commando ont trouvé la mort. Il se trouverait actuellement en Grèce. Mais peut-être est-il retourné en Syrie, où il serait alors hors de portée de la justice belge.

Dans ce pays ravagé par la guerre, Abdelhamid a déjà fait parler de lui. Surtout lorsqu’il a été filmé au volant d’une voiture qui tirait les corps de civils assassinés. Un monstre, donc. On en oublierait presque qu’un individu pareil a également un père. Il s’agit d’Omar, de [la commune bruxelloise de] Molenbeek, ancien commerçant possédant un magasin de vêtements qui marchait bien.

Cet homme n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il sait que son fils se trouverait derrière les attentats que l’État islamique projetait de commettre dans notre pays. "Je n’en peux plus. Je prends des médicaments et je loge chez des amis. Abdelhamid a jeté la honte sur notre famille. Nos vies sont détruites" , soupire ce père de six enfants.

Depuis la fusillade à Verviers, la police s’est déjà rendue à plusieurs reprises auprès de la famille Abaaoud. "Ils ne nous disent pas grand-chose. Mais je comprends qu’ils ont de bonnes raisons de penser que mon fils est impliqué dans le complot. Je ne comprends pas pourquoi Abdelhamid aurait voulu commettre un attentat ici en Belgique. Nous devons tout à ce pays."

Le père d’Omar est arrivé [du Maroc] en Belgique voici quarante ans pour travailler dans la mine. "Mais nous avons gravi les échelons. J’ai reçu ce magasin de vêtements et j’en avais aussi acheté un pour Abdelhamid. Nous avions une belle vie, oui, même une vie fantastique ici. Abdelhamid n’était pas un enfant difficile et c’était devenu un bon commerçant. Mais tout à coup, il est parti pour la Syrie. Je me suis demandé tous les jours pour quelle raison il s’était radicalisé à ce point. Je n’ai jamais reçu de réponse."

Comme si cette épreuve n’était pas suffisante, le plus jeune fils d’Omar, Younes, 14 ans, se bat lui aussi en Syrie. "Le plus jeune combattant de l’État islamique", ont titré les journaux britanniques lorsque la nouvelle a été connue, en février dernier. "Il s’est fait embrigader par Abdelhamid et cela, je ne le pardonnerai jamais à Abdelhamid, souffle le papa. Si je considère encore Abdelhamid comme mon fils ? C’est une question très difficile. Peut-être que la réponse est la suivante : je ne veux plus jamais le voir. Mais je souhaite en revanche qu’il fasse en sorte que Younes revienne sain et sauf en Belgique. Pour Younes, je n’ai pas encore perdu tout espoir."

En 2013, il aidait son père à tenir son commerce à Molenbeek. En 2014, on le voyait parader en Syrie, tractant des cadavres, posant tout sourire avec ses compagnons d’armes, pour la plupart des jeunes originaires de Belgique.

Voilà le parcours d’Abdelhamid Abaaoud, 27 ans, devenu Abou Omar Soussi, guerrier lourdement armé, appelant au meurtre. Sur le terrain de Syrie, où il œuvrait avant de se faire passer pour mort, Abaaoud se faisait régulièrement filmer. On le voit également sur de nombreuses photos de comptes Twitter de compagnons d’armes. Parmi ceux-ci, deux jeunes venus de Belgique, dont les noms de guerre sont Abou Omar Brams et Abou Malik.

Source: courrierinternational.com

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