HSBC : un scandale planétaire | Courrier international

9 février 2015 09:44

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HSBC : un scandale planétaire | Courrier international

"C’est le plus grand acte d’accusation contre les méthodes des banques suisses", écrit L’Espresso. "Le coup est immense, retentissant", écrit le quotidien Le Temps. Les superlatifs sont de mises ce matin dans la presse mondiale pour qualifier le scandale planétaire qui touche la banque britannique HSBC et sa filiale à Genève.

Entre 2006 et 2008, l’informaticien Hervé Falciani a soustrait des milliers de données concernant des comptes de clients de la filiale suisse de la banque HSBC. Celles-ci ont été transmises au journal Le Monde qui les a partagées avec des journaux du monde entier à travers l'International Consortium de journalistes d'investigation dont le siège est à Washington. D’après les enquêtes menées, plus de 180 milliards d’euros auraient transité par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients à Genève et de 20 000 sociétés offshore. Parmi cette clientèle ayant pratiqué l’évasion fiscale, on trouve des trafiquants d’armes, des personnes liées au crime organisé, des chefs d’entreprise, des hommes politiques, des têtes couronnées, des sportifs de haut niveau ou encore des personnalités du show-business. L'établissement, deuxième groupe bancaire mondial semble avoir aidé – voire incité – tous ses clients à pratiquer la fraude et l'évasion fiscale.

"Les Espagnols de la liste Falciani dissimulaient 1,8 milliard d’euros en Suisse (...), l’équivalent du budget annuel du Trésor public", s’est indigné dès hier soir le journal en ligne El Confidencial. "Parmi les noms de la liste Falciani se trouvent également des personnes en lien avec le financement du terrorisme, le blanchiment d’argent ou le trafic d’armes et de drogue", souligne El Confidencial, qui publie les détails du cas de l’homme d’affaires José Mestre Fernandez, condamné à douze ans de réclusion pour avoir introduit près de 200 tonnes de cocaïne dans le pays.

La presse espagnole cite aussi le cas du pilote de F1 Fernando Alonso. Le sportif avait décidé de rapatrier ses avoirs vers l’Espagne lors de la première publication de la liste. Début 2010, le Trésor public espagnol était entré en contact avec 637 détenteurs de comptes pour leur permettre de régulariser leur situation. Plus de 260 millions d’euros avaient était récupérés dans ce qui reste "la plus grande régularisation de l’histoire du pays", précise El Confidencial.

En ce qui concerne le Danemark – pays où les citoyens payent le plus d'impôts au monde –, 329 Danois détenaient 4,28 milliards de couronnes (575 millions d'euros) dans la banque HSBC, explique Politiken, un quotidien du royaume. Le fisc danois a ignoré une liste qui lui avait été remise et sur laquelle figuraient les noms de Danois ayant un compte en Suisse. "Les autorités auraient pu réagir bien avant", regrette le journal.

1 195 Indiens sont impliqués dans le scandale de l’argent dissimulé par l'intermédiaire de comptes HSBC. Les sommes sont astronomiques : le quotidien avance le chiffre de 3,6 milliards d’euros. Parmi les noms cités, Mukesh et Anil Ambani, deux frères barons de l’industrie et proches du Premier ministre Narendra Modi, ainsi que de très nombreux grands noms de l’industrie et des affaires. On compte également un amiral, des fils et filles de politiciens, un réalisateur et une actrice. L'Indian Express fait partie des journaux qui, en lien avec l'International Consortium de journalistes d'investigation, ont révélé le scandale.

Selon la version taïwanaise du quotidien Apple Daily, on trouve sur la liste Li Xiaolin, la fille de l’ancien Premier ministre chinois Li Peng (présidente de China Power International) et son mari. Le couple aurait possédé entre 2006 et 2007 cinq comptes pour une valeur de 2,48 millions de dollars américains. Ces comptes auraient été officiellement détenus par une société enregistrée à Panama. D'après la version chinoise du quotidien hongkongais South China Morning Post, la valeur totale des biens détenus par des Chinois se monterait à 517 millions de dollars ; 246 clients impliqués auraient des liens avec la Chine, dont 28 % sont de nationalité chinoise.

Apple Daily comme South China Morning Post soulignent par ailleurs la présence sur les listes de Bruno Wang, fils du Taïwanais Andrew Wang, ancien intermédiaire dans la vente de frégates par la France à Taïwan en 1991, soupçonné de corruption active. Exilé à Londres, Andrew Wang serait récemment décédé.

"Ce ministre libanais devait se sentir comme chez lui chez HSBC Private Bank. Il faut dire qu’en plus d’occuper des fonctions stratégiques au sein du gouvernement, il est aussi entrepreneur à succès. La somme de ses comptes genevois avoisinerait les 42 millions de dollars", ironise Le Temps. Le quotidien suisse ne révèle pas le nom du ministre, mais signale : "Le compte en question n’était pas lié à ses fonctions politiques. Son groupe familial est actif dans la construction, l’immobilier, l’ingénierie et l’aviation. Au Liban, affaires et politiques sont intimement liées."

Le Temps souligne également que "la banque genevoise comptait des dizaines de PEP (personnes exposées politiquement) comme clients". "L’ancien ministre du Commerce et de l’Industrie égyptien, Rachid Mohamed Rachid (2004-2011), condamné à cinq ans de prison en juin 2011 pour abus de biens sociaux issus des fonds pour le développement du pays ; il avait déposé 31 millions de dollars chez HSBC. En 2011, ses avoirs ont été gelés en Suisse."

Pour la Syrie, c'est "Rami Makhlouf, cousin du président syrien Bachar Al-Assad, accusé en 2008 par le Trésor américain de bénéficier d’un vaste réseau de corruption en Syrie", qui est mentionné par le quotidien de Genève.

Y figurent aussi les noms de membres du clan Ben Ali-Trabelsi, du nom du président déchu et de son épouse. Selon le site Nawat, il s'agirait des "avoirs détournés du clan Ben Ali" que la communauté internationale devait restituer à la Tunisie. "Des promesses qui sont restées lettre morte."

Source: courrierinternational.com

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