La France confirme la vente de 24 avions de combat à l'Egypte

13 février 2015 09:30

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La France confirme la vente de 24 avions de combat à l'Egypte

INTERNATIONAL - C'est la fin d'un long feuilleton et le début d'une nouvelle et lucrative aventure pour Dassault aviation. Le président François Hollande a confirmé jeudi la signature d'accord pour un contrat d’achat de 24 Rafale, d’une frégate multimission FREMM et de missiles MBDA. Le tout pour une coquette sommée estimée à plus de 5 milliards d’euros selon Le Monde.

La signature interviendra, selon le communiqué de l'Elysée, le 16 février au Caire "et j’ai demandé au ministre français de la Défense M. Jean-Yves Le Drian, de signer au nom de la France" précise François Hollande.

Si ce contrat est historique, ce n'est pas tant par son montant que par le fait qu'il s'agit de la première commande ferme réalisée par une puissance étrangère en vue d'acquérir l'onéreux avion multirôle. Jusqu'ici, seule l'aviation française s'était offert le Rafale, un chasseur ultra-sophistiqué mais plombé par un coût très supérieur à celui de la concurrence et qui a essuyé de multiples déceptions à l'exportation ces dix dernières années, notamment au Maroc, en Suisse ou encore au Brésil.

Cette bonne nouvelle pour l'industrie aéronautique et militaire française pourrait être la première d'une série de contrats encore plus juteux: le Qatar et l'Inde sont en effet encore en lice pour passer commande, New Delhi étant même en négociation exclusive avec l'avionneur. Ce "contrat du siècle" porterait sur 126 avions de combat pour un montant évalué entre 10 et 16 milliards d’euros. François Hollande, en commentant le contrat avec l'Egypte, a d'ailleurs commis un lapsus très révélateur en parlant de l'Inde...

Comment Dassault est-il enfin arrivé à vendre son chasseur Rafale? Comme toujours en matière de vente d'armes, la réponse est autant politique qu'économique.

Les relations franco-égyptiennes ont ainsi joué à plein s'agissant du contrat avec Le Caire. Spécificité de l'accord franco-égyptien, celui-ci aurait été négocié en un temps record d'à peine un trimestre. Comme le rappelle Le Monde, la dégradation de la situation géopolitique au Proche-Orient et tout particulièrement en Lybie où la menace islamiste se précise a incité le gouvernement égyptien à accélérer le renforcement de son arsenal militaire.

Contrairement à l'Inde et au Brésil, où les négociations ont traîné en longueur, l'Egypte est d'autant plus pressée de s'équiper que le pays est sorti fragilisé du Printemps arabe et que son président, Abdel Fattah Al-Sissi, entend faire de ce contrat une démonstration de force. Frères musulmans dans le Nord, islamistes dans le Sinaï... Comme le notent Les Echos, Le Caire doit réagir vite pour ne pas apparaître vulnérable dans une région en proie à de fortes tensions.

Or l'Egypte s'est presque toujours tournée vers la France pour équiper ses armées, comme en témoigne sa flotte actuelle essentiellement composée de Mirage-5 et de Mirage-2000.

Jusqu'ici, le Rafale était jugé trop cher et trop perfectionné pour venir équiper des armées dont les besoins opérationnels étaient faibles. Sans oublier les frais d'entretien de ces avions de chasse qui constituent une charge supplémentaire. La donne n'est pas la même pour les pays en demande d'une protection efficace. Et les dernières opérations extérieures françaises, qu'il s'agisse de la Libye, du Mali et de l'Irak, ont permis au Rafale d'acquérir le statut de chasseur "combat proven", autrement dit testé sur le terrain et au combat.

Ce que ne manque pas de mettre en avant Dassault Aviation sur son site où l'industriel met en valeur l'efficacité opérationnelle de son appareil.

Les relations géostratégiques entre l'Etat acheteur et la France, une des cinq premières puissances militaires mondiales, constituent évidemment un atout supplémentaire pour l'avionneur face notamment au suédois Grippen. "Les pays asiatiques et du Golfe sont confrontés à la montée des risques géopolitiques, que ce soit avec la guerre civile en Syrie, le terrorisme islamique, la puissance iranienne ou les tensions en mer de Chine. Dès lors, ces États sont à la recherche de l’acquisition d’un véritable avion de combat, mais aussi plus largement d’une coopération militaire stratégique de long terme", note dans une tribune publiée par Le Monde Laurence Daziano, maître de conférence en économie à Sciences Po, qui pariait dès décembre dernier sur un boom à l'exportation de l'avion de combat français.

Lors des négociations d'Etat à Etat, les relations personnelles comptent pour beaucoup. Le Rafale français avait ainsi longtemps tenu la corde lors de l'appel d'offre brésilien en raison notamment des bonnes relations entre le président Lula et Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy. L'élection de Dilma Roussef à la présidence du Brésil, moins francophile et soucieuse de faire des économies, avait finalement sonné le glas des espoirs français.

Dans le dossier égyptien, la personnalité et l'engagement du ministre de la Défense socialiste Jean-Yves Le Drian a visiblement joué un rôle déterminant dans la rapidité des négociations. Discret et très actif, l'ancien président de la région Bretagne a évoqué personnellement le dossier avec le président égyptien.

Le ministre de la Défense a surtout cédé sur une exigence majeure de l'Egypte qui, si Le Caire n'honore pas ses paiements, pourrait coûter cher au contribuable français. Plusieurs sources de presse (notamment ici ) indiquent que le gouvernement aurait donné sa garantie à hauteur de 50% du montant global via l’assureur-crédit Coface.

Autrement dit, si un coup d'Etat ou une crise interne balaye l'actuel pouvoir égyptien, l'Etat français sera comptable à hauteur de 2,5 milliards de la commande. Risqué, mais comme le relevait La Tribune en décembre dernier, la frilosité de Bercy avait déjà été à l'origine de la perte du contrat marocain.

On ignore encore si le contrat entre Paris et Le Caire inclut des transferts de technologies. Cette condition, posée par des nombreux Etats acheteurs, est toutefois devenue incontournable dans toutes les négociations économiques sans être pour autant déterminante. Dassault Aviation s'était engagé à transférer la totalité des technologies et de la production sur le sol brésilien mais le suédois Saab qui produit le Gripen avait fait de même.

Source: huffpostmaghreb.com

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