Le franc suisse flambe, les marchés paniquent | Courrier international

16 janvier 2015 15:53

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Le cours de 1,20 franc suisse par euro, c'est fini. "La décision, jeudi 15 janvier, de la Banque nationale suisse (BNS) d'abandonner son taux plancher a pris tout le monde de court", constate Le Temps, à Genève. Cette annonce a provoqué une onde de choc sur les marchés. Jeudi, la Bourse de Zurich a connu un krach historique, s'effondrant de 13,75 % avant de clôturer en baisse de 8,67 %.

La panique s'est aussi emparée des Bourses d'Europe de l'Est, notamment en Croatie et en Pologne. Dans ces pays, "de nombreux ménages ont souscrit des emprunts immobiliers en francs suisses et se trouvent pris au piège par la décision de la BNS de laisser le franc s'apprécier", ajoute le quotidien de Lausanne 24 heures. "En Pologne, cela concerne 700 000 familles qui ont fait face au décrochage de 20 % du zloty face au franc. Dans ce pays, près de 40 % des crédits immobiliers sont libellés en francs."

L'euro est tombé à 0,8517 franc suisse jeudi dans la matinée – son niveau le plus faible depuis l'introduction de la monnaie unique, en 1999, avant de se redresser un peu. Vendredi midi, 1 euro valait 1 franc suisse.

Le taux plancher avait été instauré en septembre 2011 pour stopper l'appréciation du franc, qui était désastreuse pour les exportateurs et risquait de plonger la Suisse dans la déflation. Pourquoi la BNS a-t-elle fait volte-face ? Visiblement, elle a préféré prendre les devants.

"On s'attend à ce que la Banque centrale européenne lance la semaine prochaine un programme de rachat d'obligations souveraines afin de relancer la croissance et d'éviter à la zone euro de sombrer dans la déflation", explique le Financial Times. Si c'est effectivement le cas, cette injection massive d'euros "provoquera une forte demande de francs suisses, une devise perçue comme l'une des plus sûres au monde", poursuit le quotidien britannique.

Cela signifie que "la Banque centrale suisse aurait eu du mal à maintenir son cours plancher". Elle aurait en effet dû acheter beaucoup d'euros, comme elle le faisait déjà depuis trois ans. Fin décembre, précise le Financial Times, "ses réserves de devises atteignaient 495 milliards de francs, soit l'équivalent de 80 % du PIB du pays". La Suisse était ainsi devenue le premier créancier de la zone euro. Elle a donc décidé de dire stop, avant que cela ne lui coûte encore plus cher. D'autant qu'avec la baisse de l'euro ses réserves de change se dévalorisent mécaniquement.

Cette "anticipation risque de coûter cher à l'économie suisse", déplore Le Temps, qui dénonce la "naïveté coupable" de la BNS. Certes, ajoute Le Matin, "les consommateurs pourront, un temps, réserver des vacances à bon compte". Mais après ? "La Suisse pourrait souffrir de sérieux maux de dos. Car c'est sa colonne vertébrale qui est touchée. Ce sont toutes les entreprises, petites ou grandes, qui font sa richesse en vendant leur savoir-faire à l'étranger : horlogerie, chimie, pharmacie, machines-outils", conclut le quotidien de Lausanne.

Source: courrierinternational.com

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