La descente aux enfers de Donetsk | Courrier international

14 janvier 2015 16:12

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La descente aux enfers de Donetsk | Courrier international

Sur le plan militaire, en revanche, et alors que les opérations se poursuivent avec la même intensité – aujourd'hui, la ville d'Avdiivka, tenue par les Ukrainiens, ferait l'objet de violents pilonnages d'artillerie, d'après Oukraïnska Pravda –, le premier jour de l'offensive séparatiste a abouti à des gains quasiment nuls. Et, bien que réduit à l'état de monceaux de ruines, l'aéroport de Donetsk résiste toujours.

Pourtant, estime Den, il n'y a pas de quoi se réjouir, car à Donetsk "la situation n'est pas seulement complexe, elle est tragique". Le 13 janvier, "après avoir détruit la tour de l'aéroport, l'ennemi a promis de 'raser' le site si ses défenseurs ne l'évacuaient pas à 17 heures heure locale".

Les défenseurs en question, les désormais célèbres "cyborgs", n'en ont rien fait, et ont alors subi un déluge de feu et un assaut en règle. Le quotidien de Kiev a pu s'entretenir avec Mykhaïlo, un des "cyborgs", en permission mais toujours en contact avec ses camarades sur place, qui a répondu : "Ce que je vais dire sera peut-être considéré comme des propos séditieux, mais nous sommes face à une trahison pure et simple de nos chefs militaires. Aucun effort n'est fait pour aider les défenseurs de l'aéroport. Dans l'urgence, ils continuent à se battre, mais ils sont déjà au-delà de leurs limites !" Un autre volontaire, Youri Kassianov, a confié au site Liga.net que, plus généralement, "en dépit du succès des forces ukrainiennes, qui ont réussi à repousser l'offensive, les troupes ne sont pas vraiment prêtes à riposter à un assaut de grande envergure. Et ce n'est pas le nombre de chars, de blindés et de soldats qui compte. Il n'y a pas de volonté politique, pas de stratégie militaire."

Oleksandr Kramarenko, dans les pages du quotidien Oukraïna Moloda, s'inquiète d'ailleurs des proportions que prend progressivement le mythe des "cyborgs". Lesquels, "malheureusement, ne sont pas assez". "Les capacités de combat de nos troupes reposent essentiellement sur le sacrifice de nos bataillons de volontaires et sur le savoir-faire de nos forces spéciales. Ces dernières, du reste, pourraient être un véritable atout si ce qui se passe dans le Donbass était vraiment une opération antiterroriste, non une guerre impliquant non seulement des mercenaires venus de Russie, mais aussi des unités de l'armée régulière russe dotées d'armes lourdes. Dans une telle situation, ce n'est qu'une question de temps avant que l'adversaire ne s'assure la supériorité sur le terrain."

Kramarenko conclut sur une note amère : "Je pense que les proches des défenseurs de l'aéroport de Donetsk n'apprécient guère d'entendre leurs maris, leurs fils et leurs pères uniquement décrits dans les médias ukrainiens comme des cyborgs anonymes. Ce sont leurs ennemis qui les premiers les ont affublés de ce surnom, une façon comme une autre pour eux d'expliquer pourquoi ils n'ont toujours pas pu prendre l'aéroport au bout de quatre mois. Et dans notre camp aussi, nombreux sont ceux qui préfèrent considérer qu'ils ne sont pas des gens comme les autres, mais bien des cyborgs, capables de se battre pour toujours. Car, ainsi, pas besoin d'aller soi-même à la guerre, ou d'y envoyer maris, fils et pères. C'est tout le pays qui, psychologiquement, se dissimule derrière les ‘cyborgs'."

Source: courrierinternational.com

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