Découvrez le film de Hamza Ouni en salles depuis le 4 février

4 février 2015 18:19

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De 2007 à 2012, le réalisateur Hamza Ouni a suivi sur les routes deux jeunes hommes, Khairi et Wachwacha (moustique en tunisien), dont le métier est de transporter des bottes de foin avec des routiers, entre les villes tunisiennes.

Epuisés par cette tâche et déçus par leur quotidien terne, ils font ce qu'ils peuvent pour oublier leur condition: il draguent les ouvrières des usines, se lancent des plaisanteries grivoises et chantent beaucoup sur les routes hostiles qu'ils parcourent, parfois sans rien manger. Leur défoulement par le chant compte d'ailleurs beaucoup pour le réalisateur. Contacté par le Huffpost Tunisie, celui-ci assure qu'il s'est gardé d'employer une bande sonore extérieure au film.

J'ai découvert l'importance de la musique chez eux en tournant le film. Les chansons qu'ils entonnent régulièrement racontent ce qu'ils sont vraiment tout en décrivant leurs souffrances: ils chantent essentiellement sur la clandestinité et les déceptions amoureuses", a-t-il affirmé.

Tout au long du film, ces deux personnages nous plongent dans leurs misère surtout lorsqu'ils sont ivres. Désinhibés, ils décrivent les conditions de travail désastreuses qu'il endurent, sans aucune protection sociale. Ils ne rêvent que de quitter clandestinement le pays.

"Je vais "brûler" quoi qu'il arrive, même si c'est en Côte d'Ivoire", lancera l'un d'entre eux, obsédé par l'Italie.

Le réalisateur explique qu'il est originaire comme eux de la ville de M'hamdia (en banlieue de Tunis) et qu'il les connaissait bien avant le tournage. Leur condition ne lui est pas étrangère, car son père aussi était transporteur de foin.

"Le milieu du cinéma tunisien est très bourgeois. Il est composé de gens basés entre autres à La Marsa et à Sidi Bousaid. A partir du moment où tu veux faire un film dans un quartier comme M'hamdia, on refuse de te financer parce que tu n'as pas le droit de représenter ces endroits", a-t-il déploré.

Même si "El Gort" est très social, il ne se complait jamais dans le drame comme certaines oeuvres tunisiennes avant lui. Les personnages arrivent à faire rire par leur humour noir et leur dérision, même dans des moments terribles comme la scène finale du film.

Autre nouveauté: la parole crue des personnages est l'une des premières tentatives de casser radicalement le tabou des mots interdits au cinéma tunisien.

Le réalisateur, par ce refus jouissif de s'auto-censurer, a-t-il peur du scandale?

"Je n'ai jamais été dérangé par les spectateurs qui ont vu le film dans les différents festivals en Tunisie et à l'étranger. J'ai surtout été dérangé par les journalistes qui m'ont beaucoup reproché ce côté-là. J'ai aussi été censuré à Medenine pendant les JCC. Le directeur du centre culturel local avait interdit la projection du film après avoir vu la bande-annonce. La direction des JCC n'a fait aucune réaction face à cette censure", a-t-il ajouté.

Finalement "El Gort", sélectionné dans plusieurs festivals, arrive à faire vivre si intensément ses deux personnages principaux qu'on est tenté de savoir ce qu'ils sont devenus après le tournage.

"A présent, Khairi et Wachwacha accompagnent le film dans tous les festivals où il est présenté. Ils sont allés à Chicago, à Abu Dhabi, au Maroc, en Nouvelle-Calédonie, en Allemagne...Khairi a obtenu un visa de 10 ans pour les Etats-Unis après avoir été invité par le Chicago International Film, affirme le réalisateur.

"El Gort", quant à lui, a finalement eu son visa pour sortir en Tunisie le 4 février...

Source: huffpostmaghreb.com

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