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Cette université où l’histoire réprime la psychologie

28 janvier 2018 14:12
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Cette université où l’histoire réprime la psychologie

Dans une des lettres que j’ai adressées au Doyen et dans laquelle je critiquais sa façon de diriger la faculté dont on va parler ci-dessous, j’ai écrit ceci : « j’ai beaucoup de respect pour le Pr Helaili qui a dirigé l’ancien département, avant la faculté, avec une transparence et un sens de la collégialité qui contrastent avec la direction actuelle, comme le jour et la nuit ». Comme le Pr Helaili est historien, ceci prouve que je n’ai aucune animosité contre les collègues historiens. Par ailleurs, j’écris cet article avec une pensée pour la collègue historienne qui a été harcelée simplement pour avoir fait son travail d’enseignante avec conscience. Enfin, je ne pense pas du tout que l’histoire est moins importante ou moins utile que la psychologie.

A L’université Djilali Liabès (UDL) de Sidi Bel Abbes, les diplômes en psychologie se préparent au niveau de la faculté des sciences humaines et sociales (SHS), c’est-à-dire dans la même faculté où on prépare les diplômes des filières d’histoire, de sciences de l’information et de la communication, de bibliothéconomie, de sociologie et de philosophie. Ils se préparent et ils sont délivrés par cette faculté des SHS. Ce regroupement de disciplines aussi différentes peut surprendre, mais il faut savoir que la même situation peut être constatée dans d’autres universités non seulement en Algérie, mais aussi dans le monde. Donc cette situation n’est pas spécifique à l’UDL.

Le problème commence quand on apprend que cette faculté ne se compose que de deux départements. Les facultés qui contiennent plusieurs disciplines sont composées de plusieurs départements afin de permettre une gestion plus rationnelle et de tenir compte des spécificités de chacune. Car le regroupement des diverses disciplines en familles ne veut pas dire qu’il n’est pas indispensable de distinguer entre celles qui composent le même ensemble et d’accorder une indépendance à chacune. Les facultés sont divisées en départements pour les mêmes raisons que celles qui divisent les universités en facultés. Les directions de départements sont placées sous la hiérarchie d’un décanat tout comme les décanats dépendent d’un rectorat.

C’est surement pour cette raison aussi que notre faculté est divisée en deux départements, celui des sciences humaines (SH) et celui des sciences sociales (SS). Mais comme chacun des deux contient plusieurs filières, on ne peut pas dire qu’on remplit suffisamment les conditions d’une gestion rationnelle et de l’indépendance nécessaire à chaque filière. Celui des SH contient trois disciplines. Celui des SS en contient quatre. Même si on accepte ces nombres, on risque d’être gênés par la grande diversité des filières rassemblées sous une même direction et sans la moindre séparation.

Il existe d’autres universités algériennes qui regroupent ces filières de SHS dans la même faculté et dans deux départements. C’est le cas des universités de Bejaia, de Chlef, de Mostaganem, de Bechar, de Saida …. Mais il faut savoir trois détails avant de commettre l’erreur de dire que c’est la même situation que celle de l’UDL. 1) Ces cinq universités sont toutes plus jeunes que l’UDL. Elles existent respectivement depuis 1998, 2001, 1998, 2009 et 2009, alors que l’UDL existe depuis 1989. Ces différences d’âge qui atteignent vingt ans pour les deux dernières, comptent beaucoup dans un pays qui a acquis son indépendance depuis moins de soixante ans. L’UDL se situe parmi les plus anciennes universités algériennes à l’exception d’Oran, Alger, Constantine et Annaba. 2) La faculté de l’UDL possède une caractéristique qui ne se retrouve dans aucune des cinq universités ci-dessous. Ce deuxième détail est plus important que les deux autres, mais il n’apparaitra qu’à la fin de l’article (1). 3) Il y a une différence entre les facultés où le Ministère refuse l’ouverture de nouveaux départements (pour une raison ou une autre), et les facultés où les chefs ne désirent pas une telle ouverture.

Il y a un département de psycho à Tlemcen ; le département SS regroupe la sociologie, la démographie et l’anthropologie. Il y en a un à Tizi Ouzou où sept autres SHS sont réparties sur deux départements. Le plus beau est de souligner qu’il y en a aussi un (psycho et sciences de l’éducation) à Mascara, Ouargla et Relizane. Ce point est le plus intéressant car l’université de Mascara est née vingt ans après l’UDL, Ouargla douze ans et Relizane n’est pas une université mais un centre universitaire. Sur trois licences que le centre de Témouchent délivre en SHS, deux sont en psycho et une en socio.

La psychologie et l’histoire sont enseignées dans des facultés différentes à Alger et Constantine, et dans des universités différentes à Oran. Ces villes possèdent les trois plus anciennes universités algériennes. L’ancien département de psycho s’est divisé en deux à Oran, et en trois à Alger où il représente maintenant trois départements sur les quatre de la faculté des SS : psycho, éducation et orthophonie. Il a donné naissance à une faculté entière à Constantine, et des collègues d’Oran s’activent pour avoir la même chose.

La faculté des SHS de Tunis contient plus de disciplines que celle de l’UDL, mais contrairement à celle-ci chaque discipline à Tunis compte un département. Alors que Tunis compte un département de psycho depuis 1982, Sidi Bel Abbes continue à mélanger la psycho, la philo et la socio en 2018. Le plus choquant dans tout cela, c’est quand on découvre que l’enseignement de la psycho en Algérie existe depuis 1962 comme héritage de la période coloniale, alors qu’il n’a commencé qu’en 1968 en Tunisie qui a accédé à son indépendance avant 1962. Il faut ajouter à ce choc le fait que le département de psycho de Tunis n’est né qu’en 1982 alors que les instituts (2) de psychologie et de sciences de l’éducation sont nés en Algérie depuis la réforme de l’enseignement supérieur de 1971 et ont duré jusqu’au retour au système des facultés vers l‘an 2000.

Si on quitte l’Algérie, le Maghreb, l’Afrique et tous les pays sous-développés, pour voir comment ça se passe dans les universités occidentales, c’est-à-dire les universités les plus performantes au monde, on retiendra la France pour les trois raisons suivantes. La France se trouve juste de l’autre côté de la mer méditerranée, notre système universitaire a beaucoup hérité du sien et elle est l’un des trois ou quatre pays qui ont le plus contribué dans la naissance et le développement des sciences psychologiques. Ces trois raisons compensent le fait qu’en psychologie ce sont les universités américaines et britanniques qui sont les mieux classées au monde.

La France possède des universités où l’histoire et la psycho se retrouvent dans la même faculté (3) tout comme à l’UDL. Mais quand c’est le cas, la psycho possède toujours son propre département avec tous ses organes administratifs et l’indépendance de gestion que cela suppose. Les facultés qui assurent ces deux disciplines peuvent se composer de dix départements et plus. Celle de Besançon en possède seize, mais même ce nombre est modeste si on le compare à ce qu’on trouve à la faculté d’Aix-Marseille qui est probablement la plus grande de toutes par rapport au nombre de disciplines gérées et au nombre d’étudiants inscrits.

En France, il existe aussi beaucoup d’universités où les deux disciplines sont assurées dans des facultés différentes. On peut citer Amiens (Jules Verne), Rouen, Paris-Nanterre, Grenoble-Alpes, Paul Valéry de Montpelier. Cette dernière possède un département de psychologie dans la faculté des sciences du sujet et de la société, et un département de psychanalyse dans la faculté de lettres, arts, philo et psychanalyse.

Par ailleurs, la psycho possède énormément de domaines ou de sous-spécialités en comparaison avec l’histoire ; nous écrivons ceci tout en affirmant que les deux sont aussi importantes et aussi utiles l’une que l’autre. Si on veut prouver cette grande diversité sans entrer dans une discussion très académique, on peut faire les constatations suivantes. D’un côté, nous n’avons pas trouvé d’universités françaises où l’histoire occupe plus d’un département, et il arrive qu’elle partage le même département avec une autre discipline comme l’archéologie à Tours ou l’archéologie et les patrimoines à Caen. De l’autre côté, nous n’avons pas trouvé d’universités françaises où la psychologie partage le même département avec une autre discipline, mais nous en avons trouvé où elle occupe plus d’un département. A Aix-Marseille où l’histoire compte un département, la psychologie à elle seule en compte quatre ; l’histoire occupe un D sur les six du pole dont elle fait partie alors que la psycho occupe quatre des cinq de son pôle disciplinaire.

La psychologie possède tellement de domaines de sous-spécialisation qu’il existe un grand nombre d’universités qui lui réservent une faculté à elle seule, et cela sans même l’associer aux sciences de l’éducation. C’est le cas par exemple de Caen, de Toulouse Jean-Jaurès, de Nantes, de Lilles 3, de Paris 5 (Descartes), de Paris 7 (Diderot), de Paris 8 (Vincennes-Saint-Denis), de Bordeaux, de Strasbourg (4). Paris 8 possède une faculté de psycho et un département de psychanalyse dans une autre faculté, et Bordeaux contient un centre de formation des psychologues scolaires en plus de sa faculté de psycho. Dans ces neuf universités qui réservent au moins une faculté à la psycho, l’histoire ne constitue jamais plus d’un département.

Résumé 1. Etant donné que la faculté des ALLSH de Marseille contient vingt-six départements pour pas plus de vingt-six disciplines, qu’est-ce qui a obligé la faculté des SHS de Sidi bel Abbes à se contenter de deux départements pour sept disciplines ? Pourquoi cette énorme différence alors qu’en Algérie même, la faculté des SHS de Tlemcen compte neuf départements et la faculté des LSHS d’Annaba treize ?

Résumé 2. La psycho sans l’éducation représente toute une faculté dans un grand nombre d’universités françaises et parfois une faculté et une autre structure hors de cette faculté ; quand ce n’est pas le cas, elle peut représenter quatre départements à la fois comme à Marseille. Alors, pourquoi voit-on que même associée à l’éducation, la psycho ne mérite même pas un simple département à Sidi Bel Abbès ? Toulouse offre une faculté de cinq départements à la psycho sans l’éducation, mais l’UDL n’offre même pas un département de faculté à la psycho associée à l’éducation. Les deux filières forment une faculté à Constantine et s’activent pour faire de même à Oran, mais ne représentent même pas une simple section de département à Sidi Bel Abbès.

Fond du Problème. La faculté des SHS de Sidi Bel Abbès est dirigée par quatre chefs qui sont tous des historiens : le Doyen, les deux Vices-doyen (5) et le Président du Conseil scientifique. Cet étouffement des psychologues est si net que même parmi les douze membres de la direction élargie (décanat plus les deux départements), au moins six sont historiens et aucun n’est psychologue. On obtient le double paradoxe suivant. Une direction faite que d’historiens et une direction élargie sans nul psychologue : 1) dans une faculté de sept filières où la psycho compte deux et l’histoire une seule, 2) et dans un monde où les grandes universités peuvent accorder plus d’une faculté à la psycho et n’accordent presque jamais plus d’un département à l’histoire.

But général. Cette direction est illégitime ne serait-ce que parce qu’elle est totalement historienne dans une faculté comptant six autres filières. Comme il devient un organe d’expression et de décision pour une de ces filières, et comme il fait entrer de nouveaux membres dans la direction élargie, un nouveau département augmente toujours les risques d’une remise en cause du monopole historien de la faculté.

Un but particulier. Des membres de cette direction historienne tiennent à se servir à chaque distribution de stages à l’étranger, et ceci exige parfois de frauder. Comme il fait entrer de nouveaux membres au CS de la faculté, un nouveau département peut créer trois soucis : 1) Les nouveaux membres quittent la liste de ceux qu’on peut illégalement priver de stages en toute impunité ; 2) ils peuvent refuser toute fraude et exiger la transparence totale ; 3) ils peuvent exiger une part du gâteau pour se taire sur la fraude (6).

Un détail. C’est pour cela que certains n’aiment pas voir les collègues de psycho soutenir le doctorat, et encore moins l’habilitation. On peut deviner le stress lié au fait que bientôt les plus anciens habilités en psycho accèderont au grade de Professeur. Ils n’aiment probablement pas voir, non plus, de nouveaux docteurs, habilités ou profs en philo, en socio ou ailleurs.

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Source: lequotidienalgerie.org

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